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L’histoire de Fosca Gori 4.2

"C'était pour moi le meilleur des mondes"

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“Je suis née à Florence en 1921. À l’âge de dix-huit mois, mes parents quittaient l’Italie pour travailler en Belgique. Nous n’y sommes pas restés longtemps car ma mère supportait mal le climat. Nous sommes donc rentrés en Italie et mon père s’en alla une nouvelle fois pour travailler en France. Il arriva à Sanary où il avait des cousins. Nous l’avons rejoint peu de temps après.

Ce fut à ce moment-là que ma mère rencontra Mme Huxley à l’hôtel Chardon. Les Huxley avaient acheté une villa à proximité, qu’ils devaient rénover et c’est pour cela qu’ils dormaient dans cet hôtel. Ma mère était femme de chambre et quand Mme Huxley la questionna sur sa nationalité elle fut très heureuse d’apprendre qu’elle était Italienne, et toscane de surcroît. Les Huxley avaient longtemps séjourné à Florence et à Forte di Marni, en Toscane précisément. Mme Huxley avait vécu en Italie avec sa famille pendant une partie de la Seconde Guerre mondiale. C’est à ce moment-là qu’elle s’était amourachée du pays car elle y avait toujours été bien traitée. Lors de cette première discussion, elle était ravie que ma mère soit Italienne et de suite ajouta : “Je suis navrée, mais j’ai déjà embauché tout le personnel de service ; quoi qu’il en soit, venez me voir.”

Quand elle se rendit chez elle, Maria Huxley donna aussitôt à ma mère plein de vêtements qui appartenaient à son fils Matthew (des petites chemises blanches, de beaux pantalons) à l’attention de mon frère Erasmo qui avait trois ans et demi de moins que lui. Les vêtements étaient parfois trop grands, mais qu’importe ! Mon frère ne s’en rendait pas compte, il était vêtu comme un prince.
Après plusieurs visites, il devint évident qu’elles s’entendaient bien et Maria dit à ma mère :
“Je veux absolument que vous travailliez pour nous. Tenez, vous nettoierez la voiture ! ”Mme Huxley rencontra alors toutes sortes de difficultés avec les jeunes du coin qu’elle avait embauchés et cela la fit plus d’une fois se lamenter. À l’âge de dix-huit ou vingt ans les jeunes ne pensaient qu’aux histoires de c½ur, les choses tournaient souvent mal… Les tourments de la jeunesse ne laissaient pas Mme Huxley indifférente et plus d’une fois elle pleura sur le chagrin de l’une ou de l’autre. Mais elle était aussi embêtée de constater que les jeunes abusaient de sa gentillesse et de son bon c½ur. Ne parlons pas des ouvriers locaux qui leur firent des prix “sur mesure”, les Huxley le déplorèrent quelques années plus tard…

Julia rassura rapidement Mme Huxley : “Ne vous inquiétez pas. Si vous le souhaitez, je m’occuperai de votre maison et je vous ferai économiser beaucoup d’argent”. Julia était une paysanne illettrée de Toscane, mais elle travaillait vite et bien. Son bon sens et sa sagesse forçaient l’admiration de Maria et elle devint la confidente et le soutien elle avait besoin dans ce nouveau pays.

“Quand les autres filles peu à peu s’en allèrent, ma mère s’occupa de tout : les courses, la préparation des repas, le ménage, la récolte des fruits, la mise en bocaux, etc. Puis mon père commença à leur rendre visite et, comme il était bon jardinier, il s’occupa du jardin”.
“Oh que ces fleurs sont belles ! Guigo, je n’ai jamais vu d’aussi belles roses !” Mme Huxley n’était jamais avare de compliments.

Tout naturellement, mon frère et moi accompagnâmes notre mère et Maria fit preuve de beaucoup de gentillesse quand elle nous rencontra pour la première fois. Elle nous complimenta et me demanda ce qui me ferait plaisir. Comme on lui avait dit que j’aimais coudre et que je rêvais d’avoir une vraie poupée elle m’en fit donc parvenir une belle directement de Paris et m’acheta une véritable machine à coudre Singer. C’était adorable !

Quand nous allions faire les “commissions” à Sanary, Julia s’asseyait toujours sur le siège avant de la Bugatti et quel que soit le membre de la famille ou l’ami qui nous accompagnait, il devait aider à porter les paniers dans la maison. Maria ne souhaitait pas qu’il y ait de rapports hiérarchiques. Quand Julia répondait au téléphone qui était installé sur le mur de l’entrée de la maison (l’un des premiers téléphones de Sanary), ma mère devait se présenter comme intendante, non pas comme domestique. “ Vous êtes mon intendante, il n’y a pas de domestique dans ma maison ”, insistait Mme Huxley.

Ces gens-là étaient extrêmement gentils. Chaque jour j’attendais avec impatience le moment d’aller chez eux. J’étais jeune, mais j’appréciais cette atmosphère sophistiquée ; vous auriez dû les voir ensemble, avoir autant de sentiments l’un envers l’autre, se tenant la main. Ils étaient délicats, gentils et polis avec tout le monde. Pendant toutes ces années de ma jeunesse j’ai passé beaucoup de temps là-bas. J’y ai d’ailleurs même souvent dormi. Mme Huxley me préparait le bain, le petit-déjeuner et me racontait toutes sortes d’histoires comme elle l’aurait fait avec la fille qu’elle n’a jamais eue. Il m’arrivait même de dîner avec des invités connus et après le repas Mme Huxley me demandait gentiment : « Que souhaites-tu faire Fosca ? Saluer tout le monde ou filer à l’anglaise ?”
Quand ils partaient en voyage, en Italie où ailleurs, ils rentraient toujours avec une multitude de cadeaux pour tout le monde. Maria nous envoyait des photos et des cartes postales de leurs voyages, Mexico, La Barbades. Elle avait si bon c½ur, un coeur immense ! Elle aimait tout le monde, et bien sûr surtout lui.

Quand Huxley était sur le point d’achever Le Meilleur des mondes, il soufra physiquement de stress car il ne parvenait pas à trouver de fin à son roman. Une véritable angoisse qui lui donna des maux d’estomac pendant des jours entiers. Ma mère, qui savait prendre soin des gens, lui administra une décoction de plantes et c’est en se rétablissant qu’Huxley trouva la conclusion qu’il cherchait ! C’était pour moi le “Meilleur des mondes“ : entre neuf et seize ans. Puis les Huxley partirent pour l’Amérique. Je reçus de l’amour de ma famille et de l’affection de ma famille de coeur. Je remercierai toujours le ciel d’avoir croisé leur chemin et ils resteront, et plus particulièrement Mme Huxley, un modèle et une source d’inspiration pour le restant de mes jours.“

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